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Pignon Sur Rue #3/ Monsieur Poulet

Monsieur Poulet, Nuggets Pour Pupilles

Au détour d’une rue, il pointe le bout de son bec, riant au nez des passants et leur volant un sourire. Loin d’être fier comme un coq, le papa poule de ces collages urbains, Monsieur Poulet, est à l’image de ses créations : doté d’une bonne dose d’humour et de malice. Pour Clubs et Concerts, le king gallinacé de nos ruelles se prête au jeu de nos questions (bien qu’un peu tirées par les plumes).

De quelle basse-cour proviens-tu, es-tu un poulet d’AOC girondine ?

Je suis né à Bordeaux, d’un père landais. Ce qui explique des choses, je pense ! J’ai même de la famille éloignée qui élève des poulets ! J’ai toujours vécu à Bordeaux, mais j’ai eu l’occasion et l’immense chance de bouger pas mal. À l’époque où j’étais le plus actif dans le collage d’affiches, j’ai voyagé et collé à Barcelone, New York, Amsterdam, Berlin, Prague…

Comment en es-tu arrivé au graffiti, as-tu chopé un virus aviaire ?

J’étais ado quand un ami d’enfance m’a mis dans les mains un numéro du 33 c’fresh, le tout premier magazine de graffiti bordelais. Cela m’a mis une grosse claque, il y avait des pièces magnifiques dedans. On a commencé à peindre, jusqu’au jour où on en a eu marre de payer des amendes et de supporter la colère de nos parents. Alors, avec mon pote, on

a un peu ralenti… C’est à ce moment-là que j’ai découvert le site web Ekosystem. Celui-ci recensait à l’époque toutes les formes de graffiti, collages, des choses plus abstraites… ce que l’on regroupe aujourd’hui sous l’appellation « street-art » en somme. Deuxième grosse claque. J’ai commencé par faire mes propres collages. J’ai repris les icônes des Macintosh de l’époque, comme celle de la corbeille par exemple. Je collais sur la poubelle vide l’icône « poubelle vide » ou sur les autres, le logotype « poubelle pleine ». C’était plus de l’amusement que de la création…

C’est ainsi que tu as commencé à te sentir pousser des ailes…

Tout à fait. J’ai commencé à faire de grands collages, des 4 x 3, une fois une affiche de 25 mètres de long même. C’était dans un style qui ne me correspondait pas en revanche, c’était du noir & blanc, avec un graphisme trop sérieux. Je ne voulais pas me prendre la tête, donc j’ai dessiné une sorte de pingouin qui ne ressemblait à rien. Une collègue m’a dit « tiens, il est marrant ton poulet ! ». Alors j’ai commencé à décliner le thème du poulet et à jouer sur les mots comme pour un de mes premiers collages, la « poule de luxe ». Le collage me permettait de bosser chez moi et de coller mes images en moins de 5 minutes dans la rue, en plein jour.

Tu veux dire, sans crainte de te faire embarquer par les autres poulets… ceux de la poulice !

Oui, les amendes, ça va deux minutes ! Personne n’a envie d’avoir de problème avec eux. Pour les collages, personne ne m’a jamais rien dit et je n’ai jamais eu l’ombre d’un problème. En 2004, j’avais exposé aux Vibrations Urbaines mon travail et un des policiers de Pessac présent sur le site m’avait demandé pourquoi je n’avais rien fait sur la police municipale ! L’allusion est un peu facile, je trouve.

Souv-œuf-nirs, souv-œuf-nirs, parle-nous du magazine Le Bordel…

C’était un petit fanzine que j’ai lancé. Je voulais m’auto-éditer et présenter les mecs du coin. Chaque artiste devait y joindre une illustration, un dessin ou une photo. Parmi eux, il y a eu M.Kern, des gars du TT, Specio, Runer… Finalement, il n’y aura eu qu’un seul exemplaire. L’organisation n’est pas mon point fort ! Je m’étais vraiment embêté à faire la couverture à la main, avec un pochoir et une bombe… C’était vraiment une galère !

On sait que tu es un poulet nourri au grain, mais de quoi se nourrit ton inspiration ?

C’est très varié. Cela peut aller de Coluche à la musique, en passant par d’autres artistes…. Je ne revendique pas d’influence particulière.

Qu’est-ce qui a inspiré ton collage « Happy Shiny Pipoule » ?

Je compare cela au style barcelonais. Là-bas, il désigne leur style comme « happy style », celui-ci étant très coloré, gai, bourré de bonnes vibes en quelque sorte ! C’est la vie quoi ! D’ailleurs, j’envie cette scène ! À la fin des années 90, cette ville était vraiment défoncée, saturée de couleurs. Et ça m’a laissé un souvenir vraiment marquant, c’est le graffiti tel que je l’aime. Par définition, la ville est grise et sale… Un peu de couleurs ne fait pas de mal.

As-tu repéré des jeunes espoirs parmi les poussins du graffiti bordelais ? 

Parmi les anciens, j’apprécie beaucoup le travail de Derrick, toujours très coloré, Specio et des mecs du TT aussi. Sinon, parmi les poussins… Je ne vais pas trop dans les terrains maintenant, je sèche là !

Tu nous ponds quoi en ce moment ?

Je continue à faire des affiches. Je suis assez lent ! En ce moment, je fais une « Lily Haleine », une chanteuse qui pue de la gueule. Sinon, je travaille aussi mon crocodile Lowcoste, parodie de la célèbre marque française. Ce genre de trip. De temps en temps, un petit poulet aussi. Cette année, j’aimerais bien travailler sur un projet de livre. Cela m’est venu à la suite d’un problème récent d’ordinateur. J’ai eu tellement peur de tout perdre que je me suis dis qu’il fallait absolument que je compile mes données dans un support moins éphémère !

Dans ton travail comme dans les oeufs durs, on retrouve le « blanc » avec tes collages et le « jaune » avec tes peintures très graphiques, deux choses bien distinctes…

Oui mais le graffiti, c’est plus un délire estival. Je m’en étais un peu voulu d’avoir arrêté la peinture alors j’ai repris, mais de façon très ponctuelle.

Que répondrais-tu à quelqu’un qui voudrait te voler dans les plumes ?

Je citerais Nicolas Sarkozy « Casse-toi Pauvre Con ! ». Plus sérieusement, cela m’a quand même jamais trop tenté de lancer des messages politiques. Je ne cherche pas à être engagé à tout prix mais à me faire plaisir et faire sourire. Je n’ai pas d’autres prétentions.

Ton secret pour rester toujours au top de la poule-position ?

Bosser. Je ne prétends même pas être au top. Personnellement, je fais cela par passion. J’ai choisi de garder un boulot à côté, car je ne sais pas si j’apprécierais autant si je faisais de cet art mon activité principale. J’aime faire mes collages sans contraintes, dans la liberté la plus totale.


Un cot (cot) de gueule à passer ?

Oui, le terme fourre-tout de street art. Un mec qui peint dans la rue avec un chevalet va se revendiquer comme un street-artiste. Pour moi, ce que l’on fait dans la rue, comme les collages, vient du graffiti, c’est illégal. Il ne faut pas tout mélanger !

Comment as-tu réussi à exporter ton style 100% volaille française ?

À New York par exemple, j’ai posé un « Jimmy Hendrick » et un « Henminen » puisque « Hen » signifie la poule en anglais. En Allemagne, j’ai fait un « Oliver Hahn ». Cela a fait beaucoup rire les locaux. Je devrais retourner à Berlin bientôt pour coller quelques trucs et en Espagne, du côté de Madrid.

Tes spots bordelais pour picorer un morceau avec des amis ?

Ma copine aime bien m’amener chez Karl, j’aime bien aussi Saint-Mich pour un verre ou chez des potes. J’aime bien les restaurants japonais, comme le Shôgun à Ravezies. Pour un kebab aussi, j’aime bien le Cappadoce (Ja wohl !, ndlr)

D’autres poulaillers que tu aimes bien fréquenter ?

J’adore acheter des vinyles, je me rends souvent au Diabolo Menthe, à Total Heaven et à Bam Balam. Les clubs ? Je laisse ça aux mecs branchés !

Tes voeufs pour 2011 ?

Que Bordeaux retrouve de la couleur ! Que tous les mecs qui font du pochoir, du graff ou des affiches s’en donnent à cœur joie dans notre belle ville.

Retrouvez Monsieur Poulet le 27 mai prochain lors du vernissage PIGNON SUR RUE, à Bordeaux au BT59 (Cf. Rubrique du même nom sur ce blog !)

Pour suivre les péripéties du gallinacé le plus rock n’ roll de la basse-cour, suivez son blog :

http://monsieurpoulet.ekosystem.org/

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